Dans cet article, je vais vous expliquer pourquoi j’ai décidé, volontairement et consciemment, de proposer régulièrement des chips à ma fille; et pourquoi vous devriez faire de même.

Chips, gâteaux industriels, bonbons….autant de symboles de « malbouffe » qu’on voudrait éviter à nos enfants.

Dans une vie idéale, nos enfants ne mangeraient que des fruits et légumes avec plaisir, et sauraient se contrôler vis à vis des aliments industriels hyper sucrés/gras/salés.

Ce serait super, et ça nous permettrait de souffler un peu, de lâcher un peu du lest, de ne pas être toujours à devoir « surveiller », « contrôler », « réguler »….

Eh bien, laissez-moi vous dire que des enfants qui s’autorégulent par rapport à tous les aliments, c’est possible.

Bien sûr, pas dans les conditions que vous souhaitez. Pas en éliminant les aliments que vous jugez « mauvais ». Pas en choisissant vous même ce qui est bon ou pas.

Mais en faisant confiance. En laissant expérimenter. Et en respirant 😉

J’ai déjà dit que nous naissons tous avec des compétences naturelles de régulation. Et ces compétences fonctionnent également avec les aliments hyper-transformés. Mais sous certaines conditions que voici:

  • Ne pas catégoriser les aliments en bons/mauvais, interdits/autorisés
  • Laisser votre enfant avoir de nombreux contacts avec ces aliments et surtout, le laisser gérer sa consommation

Je sais; ça à l’air complètement fou. Quoi? Donner volontairement de la « malbouffe  » à mes enfants?

Les 6 étapes pour sortir du cycle restriction-compulsion et faire ​la paix avec votre corps!

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Oui c’est bien ce que je dis.

Mais je vais vous expliquer pourquoi et comment le fait de catégoriser les aliments en bons/mauvais et les interdire/contrôler/limiter dénature la relation que votre enfant entretien avec les aliments (tous les aliments), et finalement, perturbe ses compétences de régulation.

Les effets de la restriction

Vous considérez que certains aliments sont mauvais et les interdisez chez vous, et vous contrôlez rigoureusement leur consommation à l’extérieur.

Vous pensez qu’ainsi vos enfants mangeront moins de ces aliments, que vous considérez comme mauvais (pour leur santé, leur poids….).

Bien sûr, tant que vos enfants sont sous votre contrôle ils ne consomment pas ces aliments. Mais dès qu’ils échappent à votre surveillance, ou qu’ils ont accès à ces aliments, ils en mangent beaucoup, de manière compulsive, sans aucun contrôle. Et vous vous dîtes sûrement que vous avez raison de contrôler puisqu’eux ne savent pas se contrôler par rapport à ces aliments.  

Laissez moi vous expliquer que ce mécanisme de perte de contrôle n’est pas dû aux aliments en eux-mêmes mais plutôt à l’interdiction.

Voici les trois phénomènes en jeu dans ce processus:

  • Ces aliments (interdits) deviennent particuliers

Lorsque vous étiquetez les aliments comme bons/mauvais, autorisés/interdits, vous mettez de fait une valeur morale sur ces aliments. C’est à dire que vous créez un enjeu, ces aliments deviennent particuliers. Ils ne font plus partie de la même catégorie que les autres aliments, ils sont spéciaux.  

  • Si vous dîtes à des enfants qu’ils peuvent manger autant de MM’s qu’ils veulent sauf des rouges = ils mangeront surtout des rouges
  • Si vous leur dites qu’il leur est interdit de manger des fruits = cela augmente leur consommation de fruits!

L’interdiction crée de fait la convoitise. L’interdit engendre l’envie. C’est à dire que vos enfants vont avoir envie de ces aliments juste parce qu’ils sont interdits, alors que peut-être que sans l’interdit, ils n’en auraient pas mangé autant.


  • Ces aliments deviennent rares et de ce fait, très convoités

Comme vous interdisez l’accès à ces aliments, vos enfants ont rarement l’occasion d’en manger.

Ces aliments deviennent rares et acquièrent une charge émotionnelle; c’est à dire, qu’en manger est associé à des émotions fortes: transgresser l’interdiction procure encore plus de plaisir.

Dès qu’ils en voient, ils ne peuvent pas s’empêcher d’en manger, et d’en manger beaucoup car l’interdiction d’en manger crée la peur d’en manquer: ils en mangent beaucoup maintenant car ils savent qu’après il n’y auront plus accès.

  • Vos enfants n’ont pas appris à réguler leur consommation de ces aliments

Comme vos enfants ne sont pas exposés régulièrement à ces aliments, ils n’ont pas pu disposer d’assez d’expérimentations pour apprendre à gérer leur consommation. De plus, ils y sont exposés dans de mauvaises conditions, car ils pensent que ce sont des aliments interdits qu’ils faut manger rapidement avant qu’il n’y en ai plus:

  • ils mangent de manière émotionnelle
  • ils mangent sans savourer
  • ils mangent sans écouter leurs sensations corporelles

Ils ne peuvent pas apprendre à se réguler par rapport à ces aliments puisque c‘est vous qui contrôlez, c’est vous qui décidez de la quantité « raisonnable ». Pour apprendre à se réguler (trouver ses propres limites) il faut pouvoir expérimenter, il faut pouvoir dépasser ses limites régulièrement pour trouver ce qui est juste pour nous.

Pour pouvoir se mettre des limites, nos enfants ont besoin d’autonomie; ils ont besoin qu’on leur fasse confiance.

Quand nous sommes restreints, trop, ou de grandes quantités,de l’aliment restreint sera toujours la quantité « juste » pour nous car nous nous sentons en manque par rapport à cet aliment.

L’idée est donc de sortir de cette catégorisation, qui est peut-être arbitraire finalement (qui décide qu’un aliment est bon ou mauvais?) pour normaliser la consommation de tous les aliments, en permettant à vos enfants d’en manger régulièrement dans des conditions sereines (sans craindre votre regard réprobateur ou vos reproches).

Pour la mise en situation je voudrai vous parler d’une situation vécue à la maison.

Nous mangeons (mangions) rarement des chips à la maison. Cependant, ma fille (3 ans et demi) avait accès à l’occasion à cet aliment (pique-nique avec les copains, apéro entre amis…). Et je me suis rendue compte qu’elle avait un comportement compulsif avec les chips: quand il y en avait, elle ne mangeait que ça jusqu’à ce qu’il n’y en ai plus.

Bien sûr, j’ai d’abord eu envie de contrôler: « tu ne manges que ça, après c’est fini. »

Bon. Je me suis rendue compte rapidement que ça ne fonctionnait pas:

  • ça compliquait notre relation
  • ça me stressait
  • et surtout, les chips continuaient d’être un aliment hautement désiré et ma fille n’apprenait pas ainsi à gérer sa consommation (puisque c’est moi qui la gérait à sa place, en créant restriction et donc alimentation émotionnelle).

J’ai donc décidé, en respirant un grand coup, de lui proposer régulièrement des chips à la maison. Afin que cet aliment devienne un aliment comme les autres, un aliment du quotidien qu’on peut manger, autant qu’on en veut, quand on en a envie.

Alors bien sûr au début, dès qu’il y avait des chips elle ne mangeait que ça.

Bien sûr, dès qu’elle voyait le paquet, elle avait envie de chips.

Mais j’ai continué à proposer régulièrement. A en mettre dans tous nos pique-nique. A en acheter à chaque fois que nous n’en avions plus (pour ne pas recréer le manque).

Et aujourd’hui ce qu’il en est:

Ma fille adore toujours les chips, et elle prends un grand plaisir à en manger quand il y en a. Mais, plusieurs fois, elle en a laissé = puisqu’il y en a tout le temps, et qu’elle y aura accès plus tard, plus besoin de tout manger aujourd’hui!

Je me suis détendue vis à vis des chips 😉 Oui elle mange des chips, et à l’occasion elle peut en manger beaucoup. Mais tout comme des clémentines, des kiwis, des oranges et du chocolat 😉

Je sais que cette attitude va susciter certaines peurs:

Et la santé de mes enfants? Et si mes enfants ne savent pas se réguler? Et mes valeurs alimentaires je les mets au placard?

Et si mes enfants ne mangent que de la malbouffe?

Je prévois d’ors et déjà plusieurs articles pour parler l’alimentation industrielle, l’alimentation intuitive et la santé 😉

Donc en résumé, plus votre enfant est exposé à un aliment :

  • plus il apprend à gérer sa consommation de cet aliment
  • plus cet aliment devient banal (il n’est plus attractif +++ parce qu’il est interdit) = plus il devient relaxé au contact de cet aliment

Je vous invite à vous demander:

  • Quels aliments considérez-vous comme interdits?
  • Pour quelles raisons pensez-vous que ces aliments sont mauvais?
  • A quelles occasions vos enfants consomment-ils ces aliments?
  • Quel est leur rapport à ces aliments? De quelle manière les consomment-ils?
  • Avez-vous vous même des aliments interdits? De quelle manière les consommez-vous?
  • Connaissez-vous des enfants (ou adultes) qui mangent de tout (même des aliments interdits) et qui sont en bonne santé, et surtout, qui savent se réguler naturellement par rapport aux aliments que vous considérez comme interdits?

N’hésitez pas à partager vos doutes, résistances, peurs, vis à vis de cette attitude et vos propres expériences en commentaires, ou sur le groupe fb.

A bientôt,

Déborah.