Je voulais parler ici de confiance. Confiance que l’on peut avoir en nos enfants ou pas, et peut-être aussi confiance ou pas en nous.

J’ai été frappée de me rendre compte que nous jugeons toujours une situation par rapport à nos propres croyances, qui définissent nos limites, ce qui est acceptable pour nous ou non.

Nous avons une idée préconçue et subjective de ce qu’est le trop et le pas assez.

Pourquoi est-ce que nos limites devraient-elles être celles de nos enfants?

Est-ce que nos limites sont, objectivement, ce qui convient le mieux à nos enfants?


Quand nous devenons parents, nous prenons pour acquis le fait que nous sommes les éducateurs de nos enfants. Que nos enfants sont incompétents de manière générale, et que nous devons les guider, les mener vers la voie de la raison. vers ce qui est acceptable pour nous.

Bien sûr, nous n’avons pas tous les mêmes repères et attentes envers nos enfants.

Tel parent voudra que son enfant mange équilibré. Tel autre qu’il finisse son assiette. Tel autre encore insistera beaucoup pour qu’il respecte les règles de politesse à table…

Quand j’étais enceinte, puis quand ma fille est née, j’ai décidé d’office de la considérer comme une personne compétente.

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J’ai décidé de l’allaiter à la demande et de la laisser choisir la quantité de ce qu’elle devait manger pour grandir de manière juste pour elle. Je n’ai jamais essayé de savoir si elle tétait suffisamment ; je n’ai jamais contrôlé son poids….je voyais qu’elle grandissait sans problème, qu’elle n’avait aucun soucis de santé…

Alors je l’ai laissée continuer à gérer. Nous avons ensuite pratiqué la diversification menée par l’enfant (DME), qui est une « technique » de diversification qui consiste à introduire les aliments sous forme solide, lorsque l’enfant est en demande et à le laisser gérer ce qu’il mange.

Là encore, tout s’est fait naturellement et ma fille a toujours mangé de tout, sans poser de soucis particulier. Avec des préférences et des dégoûts bien sur, mais rien d’extrême.

Aujourd’hui elle a 4 ans. Elle mange bien (à tel point que les gens sont étonnés par les quantités qu’elle mange). Ses goûts ont changés, et ils évoluent vraiment au jour le jour.

Elle mange ses repas à table avec nous. Parfois elle grignote, parfois elle mange énormément. Nous ne l’obligeons jamais à finir son assiette. Nous ne la privons pas de dessert si elle n’a plus faim pour le plat.

Elle mange de manière assez structurée. Pas n’importe quoi, n’importe quand; mais lorsqu’elle a faim, elle mange. Et dans l’ensemble, tout se passe de manière relativement harmonieuse.

Attention, je ne suis pas en train de dire qu’elle mange de manière “parfaite”.

Je suis revenue de cette manière de penser l’ alimentation: parfaite, équilibrée, physiologique… qui sont des notions auxquelles je ne crois plus.

Je pense qu’il y a une alimentation adaptée pour chacun d’entre nous, et que cette alimentation n’a rien de parfait. Et que si elle est équilibrée, c’est justement parce qu’elle permet la flexibilité, de parfois manger beaucoup, parfois peu, avec une palette variée d’aliments…

Donc ma fille ne mange pas de manière “parfaite”.

Parfois même, elle me pousse dans les limites de ce qui est tolérable pour MOI.

La voir manger des chips jusqu’à finir le paquet….

La voir manger une sauce et du pain, et seulement ça…..

La voir manger du saucisson encore et encore…

Oui dans ces moments j’ai envie d’intervenir (et parfois je le fais, malgré moi).

J’ai envie de lui dire que c’est TROP là; sous-entendu, que JE trouve que c’est TROP pour un enfant. Il n’y a rien d’objectif là-dedans. C’est mon “TROP” à moi. La limite que je mets entre ce que je considère comme “normal” ou pas (et par exemple, son père et moi n’avons pas les mêmes limites).

Mais, si c’était un adulte, me permettrai-je d’intervenir?

Est-ce que moi je suis aussi raisonnable que j’aimerai le croire? Ne m’arrive t’il pas de manger de la même manière qu’elle à l’occasion?

Est-ce que le fait que je sois un adulte fait de moi, de manière indiscutable, un être raisonnable, qui SAIT, et du coup, qui est en mesure d’éduquer, de contrôler?

Est-ce que quand j’interviens je ne parle pas qu’avec mes peurs? Peut-être mes doutes sur ma capacité à être une “bonne mère”, à savoir “guider” ma fille? Peut-être des peurs vis à vis de l’alimentation issues de ma propre histoire?


A partir de quel âge peut-on considérer que notre enfant est capable de gérer son alimentation?

Dès la naissance?

A l’adolescence?

Lorsqu’il quitte la maison?

Lorsqu’il adopte nos principes et nos règles?

On peut dès la naissance suivre un schéma d’alimentation pour nourrir nos enfants. On peut dès le départ être dans le contrôle et le manque de confiance (en lui, en nous).

Ou on peut choisir de cultiver la confiance.

De laisser une marge d’autonomie assez grande à notre enfant pour qu’il puisse faire ses propres expériences, et apprendre de celles-ci.

Qu’apprends mon enfant lorsque je lui interdit d’expérimenter? Qu’il n’est pas digne de confiance et en plus, il n’apprend pas à gérer correctement sa relation avec tel ou tel aliment.

Alors bien sûr, j’ai conscience qu’il y a des situations qui sont plus compliquées que d’autres. Des enfants très difficiles. Des petits ou des gros mangeurs.

Mais dans la majorité des cas, les choses pourraient être plus simples.


Dans la majorité des cas, c’est nous, les parents, qui venons tout compliquer.

En tentant de contrôler en mettant la pression (positive ou négative).

En tentant de modeler notre enfant pour que son alimentation ou son corps corresponde à ce que nous considérons comme juste et adapté.

Et tout l’enjeu de mon travail aujourd’hui est de montrer aux parents et accompagnateurs que les enfants sont compétents si on leur laisse assez d’autonomie. Si on les suit au lieu de leur dire où aller.

Nous sommes là pour les guider, avec bienveillance et curiosité. Pas pour les diriger, ou les mener là où on veut qu’ils aillent.

Nous devons les suivre, toujours un pas derrière eux.

Ils savent qu’ils ne sont pas seuls. Qu’ils sont en sécurité. Ils savent qu’ils peuvent se permettre d’aller tester leur limites, car il y aura toujours un repère stable auquel il pourront se raccrocher.


Voici les prémisses qui guident ma manière d’être mère et mon travail:

1/ Les enfants ont naturellement (dès la naissance) des compétences pour réguler leur alimentation

2/ Le contrôle, la pression et la restriction ne fonctionnent jamais et sont même délétères pour l’enfant, sa relation avec la nourriture et votre relation avec lui

3/ Tout comme il n’existe pas d’aliments interdits/mauvais/grossissants, il n’existe pas d’aliments autorisés/bons/amaigrissants

4/ Le rôle de l’adulte est primordial pour soutenir les compétences de l’enfant en lui proposant un environnement soutenant et approprié (favorisant l’apprentissage, bienveillant) et en lui faisant CONFIANCE

5/ Vous ne pouvez pas contrôler le poids de votre enfant, et d’ailleurs vous n’avez pas à le faire: vous ne pouvez pas faire manger/faire maigrir votre enfant

6/ Avoir une bonne relation à la nourriture basée sur la joie et le plaisir est la base d’une alimentation équilibrée

Si vous rencontrez des soucis dans votre relation avec votre enfant à cause de son alimentation, je vous invite à rejoindre le groupe fb dédié pour partager avec d’autres parents et à lire les autres articles du blog.

A bientôt,

Déborah.