Quand j’ai commencé l’alimentation intuitive, je pensais que les envies de manger étaient toujours légitimes, et qu’il fallait toujours y répondre de manière adaptée (en mangeant la quantité des aliments dont on a envie). je suis passée par la phase “je mange ce que je veux”, et c’est parfait, puisque cette phase est nécessaire.

Mais je me suis rendue compte par la suite que les choses n’étaient pas si figées que ça.

Nous avons tous des envies de manger, mais que doit-on en faire?

Y “céder” tout le temps? Lâcher- prise?

Les différentes envies de manger

Tout d’abord, je voulais parler des différentes envies de manger.

On peut avoir faim et envie de manger en même temps, ce qui veut dire qu’on a envie de manger l’aliment qu’on s’apprête à manger. Loin d’être problématique, cette situation semble être celle prévue par la nature: manger l’aliment dont on a envie, au moment où on a besoin de manger nous permet d’être connectés avec précision à nos besoins grâce au plaisir que l’on va prendre à manger. Dans cette situation, nous ne sommes pas dans la culpabilité, la honte, la colère. Juste dans le plaisir de manger un aliment dont on a envie, tout en comblant sa faim.

Ce qui est “problématique” en général, ce sont les envies de manger “sans faim”, qu’on appelle envies de manger émotionnelles = on mange sans faim pour éprouver des émotions: du plaisir, du réconfort.

Mais là encore il y a selon moi plusieurs cas de figures. Je distingue:

  • l’alimentation automatique: on mange par habitude, comme par “réflexe”
  • l’alimentation émotionnelle: on mange pour éprouver du plaisir

Alors que l’alimentation émotionnelle est un processus physiologique qui nous permet de réguler nos émotions, l’alimentation automatique est juste une réponse automatique à une stimulation de notre environnement. On va manger parce que c’est devant nous.

Nous pouvons grandement agir sur notre alimentation automatique, alors qu’il n’est pas souhaitable de tenter de contrôler son alimentation émotionnelle.

Il s’agit plutôt de l’accompagner pour nous donner toutes les chances de profiter un maximum du plaisir sensé être apporté par les aliments lorsque nous mangeons.


Différence envie/besoin?

On oppose souvent envies et besoins, comme s’il y avait une bonne et une mauvaise façon de se nourrir. Une façon qui apporterait nutriments et santé, et une façon qui apporterait surpoids et maladies….

Les envies de manger sont cataloguées d’office comme néfastes, mauvaises, un manque de volonté…. On tente de s’en débarrasser par tous les moyens, en oubliant que ce sont des mécanismes adaptatifs nécessaires à notre survie et que plus on tente de contrôler, plus on craque.

Les envies de manger nous guident pour savoir quels aliments nous avons besoin de manger. Le plaisir que nous éprouvons va nous indiquer si nous avons besoin de manger tel ou tel aliment, et en quelle quantité. Par exemple nous allons avoir envie de manger des tomates pendant plusieurs repas puis nous allons avoir envie d’autre chose.

Pareillement, au cours du repas, le plaisir gustatif va diminuer, nous signalant que nos réservoirs sont remplis.

Manger des aliments “juste pour le plaisir” est également un besoin. Nous avons besoin d’éprouver du plaisir en mangeant. Parfois, nous allons concilier besoins nutritifs et plaisir, et parfois nous allons juste manger pour éprouver du plaisir. Et il n’y a rien de mal à ça.

Le plaisir est essentiel à une bonne régulation.

Quand vous êtes dans la lutte contre vos aliments, contre vous-même, que vous essayez de contrôler ce que vous manger pour “manger bien”, vous êtes déconnectés de votre corps, vous êtes dans le contrôle mental et vous finissez par craquer.

Nous sommes tous équipés de mécanismes sensoriels nous permettant de réguler notre alimentation, et cette régulation est impossible sans plaisir. Et on oubli ça lorsqu’on décide de faire un régime et de se retirer tout plaisir de manger pour être juste dans l’obligation, la restriction, le contrôle….

Il s’agit donc de dé-diaboliser nos envies de manger, qui sont NORMALES. C’est vouloir lutter contre qui est une réaction étrange.

Nos envies de manger témoignent toujours d’un besoin.   

Doit-on toujours manger quand on a une envie?

Mais dans ce cas, que doit-on faire de ces envies?

Si on les écoute tout le temps, ne devient-on pas addict, sous l’emprise de la nourriture?

Pour rappel, c’est lorsque nous sommes dans un état de restriction que nous perdons le contrôle vis à vis de la nourriture et que nous mangeons de manière anarchique, compulsive.

Lorsque nous nous permettons de satisfaire nos envies de manger de manière adéquate:

  • nous mangeons finalement moins
  • nous diversifions notre alimentation
  • nous remplissons nos réservoirs de plaisir

Pour satisfaire une envie de manger, vous devez:


1/ Manger l’aliment dont vous avez envie


2/ En y mettant toute votre présence


3/ Sans culpabiliser


Tout le contraire de ce que vous faites si vous êtes en restriction!

Pour vous permettre de déculpabiliser en mangeant des aliments que vous considérez comme “interdits”, vous devez vous donner la permission inconditionnelle de manger. C’est à dire, passer par une phase où vous allez vous permettre de manger tous les aliments interdits, pour vous prouver que:

– c’est possible et que ça n’engendre pas la fin du monde

– que la croyance selon laquelle il existe des aliments grossissants est fausse

– il n’y a pas de bons et de mauvais aliments, juste des aliments.

Se permettre de manger veut dire, satisfaire ses envies de manger émotionnelles, de manière systématique dans un premier temps. C’est vraiment la seule façon de vous permettre de réintégrer le plaisir dans votre alimentation et de normaliser votre relation à ces aliments.

Cependant, quand on a traversé cette phase et qu’on n’ est plus en restriction, satisfaire ces envies de manière systématique n’est plus vraiment satisfaisant.

On peut même se rendre compte que finalement, toutes nos envies ne sont pas à satisfaire, car elles ne vont pas toujours nous apporter du bien-être.

On peut par exemple avoir envie d’un dessert alors qu’on a déjà trop mangé.

Ce qui est bien, c’est que quand on arrive à cette étape, on peut faire un choix. C’est à dire que nous ne sommes plus sous l’emprise de la nourriture. Tous les aliments se valent, et on sait qu’on peut manger n’importe quel aliment plus tard. Donc nous pouvons choisir de manger ou pas, en mettant d’autres critères dans la balance que simplement notre envie de manger. Par exemple, on peut se demander comment on a envie de se sentir.

Il m’arrive souvent au restaurant de ne pas prendre de dessert, même si j’en ai envie, parce que je sais que je ne vais pas réellement en profiter (puisque comme je n’ai plus faim, mon plaisir sera diminué) et qu’en plus, il y a de fortes chances que je me sente mal, inconfortable après.

Parfois également nous avons envie de manger, parce que c’est notre stratégie privilégiée pour combler un besoin, mais cette stratégie ne nous permet pas toujours de prendre soin de nous.

Nous pouvons alors dans ce cas prendre conscience du besoin derrière l’envie, en ressentant ce qu’il se passe en nous, en identifiant ce dont nous avons besoin, et en mettant en place des actions pour nourrir ce besoin.  

L’exemple qui me vient spontanément est celui de la cigarette. La personne qui fume le fait de manière spontanée, certes parce qu’elle a créé une habitude, mais aussi parce que c’est une de ces stratégies privilégiées pour combler un besoin = par exemple, déstresser, prendre un temps pour soi, ou encore socialiser. Cette stratégie n’est certes pas avantageuse sur le long terme pour la santé, mais elle est efficace sur le moment.

Je pense également à ma fille qui a tendance à réclamer de la nourriture de manière limite compulsive lorsqu’elle est épuisée. Dans ce cas elle a besoin de réconfort et de repos, et même si manger lui apporterait du réconfort, ça ne comblerait en rien son besoin de sommeil.

Donc, pour résumer, je dirai que si vous êtes en restriction, vous devez systématiquement satisfaire de manière adéquate vos envies de manger pour vous permettre de vous libérer de l’alimentation émotionnelle créée par le contrôle.

Mais sachez que les choses évoluent, et que finalement, vous arriverez à un endroit où vous pourrez librement choisir si oui ou non vous allez manger, et ce même si vous en avez envie.

Ceci suppose un travail de connaissance et de conscience de soi:

  • Qu’est-ce que je pense, ressens?
  • De quoi j’ai besoin?
  • Quelles sont mes valeurs, vers quelles directions je veux aller? Comment j’ai envie de me sentir?

Je vous invite à rejoindre le groupe fb privé pour continuer à discuter alimentation intuitive, et je vous dis à très vite.

Déborah.