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J’ai déjà parlé sur le blog du fait que les restrictions engendrent une cascade de réactions émotionnelles qui poussent aux pertes de contrôles. Dans cet article, nous allons voir en détail pourquoi cela se produit et comment mettre définitivement fin à vos compulsions en 4 étapes.

 

Comment les restrictions engendrent les pertes de contrôle

 

L’état de restriction, que se soit une restriction calorique ou une restriction de certains types d’aliments, est considéré comme un état d’urgence par le corps.

Notre corps a besoin d’un certain apport calorique pour pouvoir fonctionner correctement. Lorsqu’il n’a pas cet apport, il va se mettre en état d’alerte pour trouver cette nourriture manquante et pour maintenir son métabolisme de base. Pour ce faire, il va déclencher un certains nombres de processus qui vont:

  • ralentir le métabolisme (utiliser moins d’énergie pour les mêmes actions)
  • vous faire stocker de la graisse
  • vous pousser à rechercher de nourriture, et surtout d’ aliments caloriques

Autrement dit, quand vous réduisez vos apports alimentaires, ou quand vous vous interdisez certains aliments dont vous avez envie, votre instinct de survie interprète ça comme une période de famine, il prend le contrôle et il vous pousse à manger.

Donc les restrictions vous rendent obsédées par la nourriture (trouver vite de la nourriture), vous poussent aux compulsions (ingurgiter rapidement de la nourriture), et vous font finalement prendre du poids (diminution du métabolisme).

La première étape pour sortir des compulsions est donc de sortir des restrictions.

 

Le fait est que même quand vous aurez mis fin à toutes restrictions, il est possible que vous ayez encore des compulsions, et nous allons voir pourquoi.

 

La plasticité cérébrale: quand nos habitudes sont gravées dans notre cerveau

 

La plasticité cérébrale est le fait que notre cerveau se réorganise en permanence en fonction des expériences que nous vivons, de nos actions, de nos pensées.

Plus vous répétez une expérience et plus les circuits neuronaux associés à cette expérience seront rapides et faciles d’accès; en d’autres termes, plus vous répétez une expérience, plus vous allez la perpétuer de manière automatique.

Et c’est ce que sont peut-être aujourd’hui vos compulsions = une habitude.

La restriction a sans doute été le point de départ de vos compulsions. Votre cerveau reptilien (système lymbique) a pris le contrôle pour vous poussez à manger, pour mettre fin aux restrictions, pour retrouver un équilibre et maintenir le fonctionnement de votre métabolisme.

Sauf que….

A force d’avoir des compulsions, et même lorsqu’il n’y a plus de restrictions, vous avez pris l’habitude d’avoir des compulsions. Votre cerveau a donc été modifié grâce à la plasticité cérébrale.

Votre cerveau reptilien va , et d’une manière tout à fait physiologique, vous pousser aux compulsions. Encore et encore, puisque l’habitude a été crée.

Vous avez sans doute l’impression que quelque chose de plus fort que vous vous pousse à agir; que vous ne pouvez pas résister.

Et dans un sens vous avez raison. Votre cerveau reptilien est différent de la partie du cerveau qui constitue votre personnalité (intelligence, conscience, mémoire, apprentissage…).

Vous êtes la partie qui résiste au cerveau reptilien. Vous êtes différente de ce cerveau reptilien (même s’il fait partie de vous).

Nous allons maintenant voir concrètement comment reprendre votre pouvoir en 4 étapes sur ce cerveau reptilien pour enfin vous libérer de vos compulsions.

Reprendre le pouvoir

 

Une compulsion, c’est quand vous « cédez » à une impulsion de manger de manière compulsive.

Au départ de cette compulsion, il y a des pensées et/ou des émotions qui forment une impulsion.

Des pensées du genre « j’ai besoin de me remplir », « je me sens mal, il faut que je mange », « je ne peux pas m’empêcher de manger ». ou des émotions du genre anxiété, stress, sentiment d’urgence…

Ces pensées (ou émotions) viennent de votre cerveau reptilien qui veut vous pousser à manger (comme c’est son rôle de le faire en cas de nécessité). Ce cerveau est automatique, irrationnel et gère ce qui a trait à notre survie (nourriture, sexe, oxygène, eau).

Aujourd’hui, si vous n’êtes plus en restriction, vous n’avez pas besoin de compenser de déficit nutritionnel; mais comme on l’a vu, vous avez l’habitude de le faire. Votre cerveau reptilien a l’habitude de vous pousser à manger, et vous avez l’habitude de ne pas réussir à lui résister. Il pense que vous avez besoin de cette nourriture pour survivre, il va donc créer des « impulsions à manger »;

Mais le fait est que votre cerveau reptilien ne contrôle pas votre comportement. Il peut juste générer des pensées ou des émotions.  Et d’une manière générale, vos pensées et vos émotions ne contrôlent pas vos actions.

La partie responsable de votre motricité, c’est le cerveau évolué (le néocortex).

Ce qui signifie que même si votre cerveau reptilien vous dit que vous n’avez pas d’autre choix que de manger, que vous ne pouvez pas résister.C’est tout simplement faux.

Puisque votre cerveau reptilien ne contrôle pas vos actions, vous pouvez choisir de prendre conscience de vos pensées (« je ne peux pas m’empêcher de manger » etc…) et …….de ne pas agir en réaction à ces pensées/émotions. Et voici comment:

1)Identifier vos pensées et vos émotions et prendre conscience qu’elles proviennent de votre instinct de survie qui a été déréglé par de « mauvaises « habitudes. Elles n’expriment pas un besoin réel. (la pleine conscience peut vous y aider)

2)Vous dissocier de vos pensées et vos émotions. Comme nous l’avons dit, il y a deux cerveaux dans cette histoire. Vous êtes le néocortex. Ce que vous souhaitez, c’est arrêter ces compulsions qui vous gâchent la vie. Ces compulsions ne vous apportent rien, vous les regrettez. Vous en avez honte. Votre réel désir est d »être en bonne santé, mais vous avez des impulsions à manger. Vous avez des pensées automatiques, obsédantes; vous ressentez des émotions désagréables, qui s’intensifient et qui vous font croire que vous DEVEZ manger. Cependant, vous avez la capacité de reconnaître que ces pensées/émotions sont des messages erronés qui n’ont pas de sens actuellement, et qu’elles n’ont rien à voir avec ce que VOUS voulez vraiment. VOUS n’êtes pas ces pensées.

3)Cessez de réagir à vos impulsions. Comme nous l’avons dit, vos impulsions générées par votre cerveau reptilien ne vous conduisent pas là où vous voulez aller, et même, céder à ces impulsions détériore grandement votre qualité de vie. 

Vous réagissez à ces impulsions en tentant d’y résister, et vous finissez presque toujours par céder, comme si c’était plus fort que vous.

Une fois que vous avez compris que:

  • ces impulsions ne viennent pas vraiment de vous mais de votre cerveau reptilien
  • vous avez le contrôle quoi qu’il arrive: ce n’est pas votre cerveau reptilien qui contrôle vos comportements, vos muscles (il ne peut pas vous forcer à ouvrir le frigo!) mais vous (votre néocortex)

= Vous pouvez arrêter de réagir à vos impulsions. Vous pouvez arrêter d’être sous l’emprise de vos pensées, d’y réagir émotionnellement en étant en colère, frustrée, confuse, triste… Vous pouvez laisser tourner ces pensées, ces impulsions dans votre tête, comme une musique de fond, sans tenter de les modifier, de les changer. Ce ne sont que des dérèglements de votre cerveau reptilien, rien de plus. Vos impulsions ne peuvent pas vous poussez à manger, donc ça ne sert à rien de lutter contre. Il vous suffit d’en prendre conscience. Ecouter. Et passer à autre chose. Sans résister.

4)Cessez d’agir sous le coup de vos impulsions. VOUS contrôlez vos actions. VOUS pouvez décider de manger ou pas. VOUS avez le contrôle. Vous pouvez observer vos impulsions avec détachement et ne pas agir. Vous pouvez observer que vous avez de nombreuses impulsions dans la journée auxquelles vous décidez de ne pas réagir sans devoir pour autant y résister.

A force de répéter ce comportement, vos impulsions à manger vont disparaître car vous allez modifier votre cerveau.

Nous avons vu que la plasticité cérébrale avait contribué au fait que vous aviez pris l’habitude de manger de manière compulsive pour répondre à un besoin qui n’existe plus.

Cette même plasticité cérébrale va vous permettre de mettre fin à vos impulsions: à force d’être ignorées, ces voix vont juste disparaître. Une fois que ces circuits neuronaux ne sont plus exploités (impulsions => compulsions), ils disparaissent pour laisser la place à de nouveaux.

 

Peut-être que tout ceci va vous sembler extrêmement simpliste mais ce protocole a été validé scientifiquement (avec des images cérébrales à l’appui) dans le cas d’addiction, ou de comportements tels que des troubles obsessionnels compulsifs, et a montré son efficacité dans le traitement des compulsions (addiction à l’alimentation compulsive).

A très vite,

Déborah.